« Le premier principe à mettre en relief,
c'est que l'homme doit prendre en patience sa condition : il
est impossible que, dans la société civile, tout
le monde soit élevé au même niveau […].
L’erreur capitale dans la question présente, c'est
de croire que les deux classes sont ennemies-nées l'une
de l'autre […]. Les deux classes sont destinées
par la nature à s'unir harmonieusement et à se
tenir mutuellement dans un parfait équilibre. Elles ont
un impérieux besoin l'une de l'autre : il ne peut y avoir
de capital sans travail, ni de travail sans capital […].
(L’ouvrier) doit fournir intégralement le travail
auquel il s’est engagé […]. Il ne doit point
léser son patron, ni dans ses biens, ni dans sa personne ;
ses revendications doivent être exemptes de violence […].
Il doit fuir les hommes pervers, qui dans des discours mensongers,
lui suggèrent des espérances exagérées
et lui font de grandes promesses[…].
Mais, d'une manière générale, que le riche
et le patron se souviennent qu'exploiter la pauvreté
et la misère et spéculer sur l'indigence*
sont choses que réprouvent également les lois
divines et humaines. Voilà que le salaire que vous avez
dérobé par fraude à vos ouvriers crie contre
vous, et la clameur est montée jusqu'aux oreilles du
Dieu des armées […]. L’équité
demande donc que l'État se préoccupe des travailleurs
et fasse en sorte que, de tous les biens qu'ils procurent à
la société, il leur en revienne une part convenable
[…].
Ainsi le nombre d'heures d'une journée de travail ne
doit-il pas excéder la mesure des forces des travailleurs,
et les intervalles de repos devront-ils être proportionnés
à la nature du travail et à la santé de
l'ouvrier […]. Enfin, ce que peut réaliser un homme
valide et dans la force de l'âge, il ne serait pas équitable
de le demander à une femme ou à un enfant. L’enfance
en particulier - et ceci demande à être observé
strictement - ne doit entrer à l'usine qu'après
que l'âge aura suffisamment développé en
elle les forces physiques, intellectuelles et morales. »
Léon XIII (1878-1903), encyclique Rerum novarum,
1891.
Indigence : état d’une personne qui
vit dans la misère